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31.10.2006
La fin des ouvriers
Pourquoi ? Tout laisse à croire que l’essentiel de la création de valeur dans les prochaines années se fera dans deux grands domaines : la conception de nouveaux logiciels et la recherche de nouvelles molécules (au sens large).
Ces deux domaines ont comme caractéristique commune que les coûts de conception sont très importants. Par contre, une fois le produit finalisé, les coûts de production sont très faibles, voir quasi nuls. Il reste les coûts de marketing et de distribution qui eux au contraire iront croissants (contrairement à ce que nous laisse croire certaines fables en vogue sur la désintermédiation). Aux bons soient-ils, rien n’est plus difficile que de convaincre les clients de s’intéresser à vos produits.
La structure de coûts d’un laboratoire pharmaceutique (type Novartis ou Servier) est révélatrice de cette tendance lourde : 40% en R&D, 50% en distribution et 10% sur le reste (production, administration). Prenez une banque (BNP) ou un opérateur téléphonique (SFR), c’est quoi en réalité ? Un gros logiciel informatique avec une armée de marketeux et de commerciaux pour le vendre.
Dans le monde du futur, la production industrielle résiduelle aura une valeur extrêmement faible, et sera entièrement confiée aux pays en développement. La tendance est d’ailleurs déjà bien engagée (voir mon post sur les délocalisations industrielles d’Adidas et Nike).
Dans les pays riches, les employés les plus qualifiés seront presque tous sur des tâches de conception. Les autres occuperont des postes liés à la relation client au sens large. Et la classe ouvrière traditionnelle aura bel et bien disparue.
09:49 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : Informatique, Pharmacie, ouvriers, délocalisations, industrie
28.10.2006
La caste des cadres
Le statut des cadres gravé dans le code du travail en est une parfaite illustration. Cet archaïsme franco-français qui fleure bon la caserne est un vrai tabou. Il a survécu dans notre pays contre vents et marées. Le statut cadre remplit une fonction de marqueur social mais surtout, il fige une ségrégation entre salariés qui ne sont pas tous égaux devant la Loi.
Il va sans dire que cette tradition historique aux allures de taylorisme le plus moisi est devenue totalement anachronique. A l’heure des organisations matricielles et du management par projets, ce statut de cadre n’a plus grand sens fonctionnel. On constate d’ailleurs que la grande majorité des cadres n’encadre personne.
En ce début du XXIème siècle, il serait temps de songer à soumettre tous les salariés aux mêmes règles de droit. Si possible en les alignant par le haut sur un même statut (cadre), et cela quel que soit leur niveau hiérarchique ou de compétence. Cette réforme simple ne ferait que nous aligner sur la pratique générale de la plupart des pays industrialisés.
Il est symptomatique qu’aucun politique ne se soit jamais attaqué à ce verrou symbolique. Pourtant la suppression de cette distinction artificielle entre cadres et non cadres devrait (en théorie !) ravir à la fois la droite (simplification du code du travail) et la gauche (mesure égalitaire).
Une idée pour la campagne 2007 ? Malheureusement, il est archi probable qu’aucun candidat ne se risque à une proposition aussi… audacieuse. ;-)
14:35 Publié dans Création d'entreprise | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : statu cadre, salariés, campagne 2007, organisation, égalitarisme
24.10.2006
Les entrepreneurs et la chance
« Les dés n’ont pas de mémoire… ».
C’est la conclusion d’un joli article sur les serial entrepreneurs dans les Echos de ce matin (Les_Echos_24.10.06.pdf, article dans lequel je suis cité en bonne compagnie, notamment de Pierre Chapaz et Gilles Babinet).Cette belle citation est de Marc Simoncini, une des figures emblématiques du web français. Après avoir revendu avec une certain brio iFrance à Vivendi en 2000, il a réussit un développement époustouflant avec Meetic, qui est devenu le premier service de rencontres en Europe.
Ce serial entrepreneur a un palmarès qui pourrait justifier une pesante autosatisfaction. Et pourtant, Marc reconnait avec simplicité que dans toute entreprise le facteur chance est déterminant. Réussir une fois n'est absolument pas une garantie pour le futur. Sa lucidité sur la fragilité du succès est une belle leçon d'humilité.
Je me retrouve entièrement dans ses propos. Non seulement, la création d’entreprise nécessite intuition, courage et obstination. Mais cela ne suffit pas au succès. Il faut aussi être au bon endroit au bon moment, ce qui relève souvent en grande partie du hasard.17:25 Publié dans Création d'entreprise | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : meetic, simoncini, chapaz, entrepreneur, chance
Des mystères de la démocratie
Comme le montre le graphe ci-dessous, la concentration de l’Impôt sur le Revenu (IR) est très forte en France.
Si on veut résumer les choses (de manière caricaturale), on peut dire qu’il y a :
- 70% de « pauvres » qui payent 9% de l’IR
- 20% de « riches » qui payent 22% de l’IR
- 10% de « super riches » qui payent 69% l’IR
Dans une démocratie, les équipes gouvernementales sont élues sur un programme électoral soutenu par une majorité de citoyens. Sachant cela, il semble à première vue curieux que le taux marginal de l’IR soit depuis vingt ans en baisse tendancielle (il est passé de 65% à 48%, on parle de 40% en 2007), alors que 90% de l’électorat n’est pas concerné.
Plus crûment, sachant qu’il y a une large majorité de « pauvres » (maintenant on dit "des gens à revenus modestes"), pourquoi aucun homme politique ne semble en mesure de réunir une majorité électorale sur un programme de hausse massive de l’impôt sur le revenu ? De fait, les programmes électoraux dont l'axe majeur consiste à surtaxer les riches, n’arrivent pas à réunir plus de 20% des votants. Et on retrouve le même phénomène dans tous les pays industrialisés. Pourtant, d’un point de vu fiscal, ces programmes seraient très favorables à la grande majorité des électeurs.
La question est donc de savoir pourquoi plus des deux tiers des électeurs « pauvres » s’obstinent à chaque élection à voter avec les « riches ». Aussi contre-intuitif que cela paraisse, cela voudrait dire que les politiques de redistribution et de baisse des inégalités ne sont en fait pas la préoccupation principale des électeurs lorsqu’ils mettent leur bulletin dans l’urne.
10:05 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : élection, égalité, démocratie, richesse, pauvreté
20.10.2006
Faut-il avoir peur des délocalisations industrielles ?
On ne compte plus les produits « Made in China » dans nos magasins. Dans certaines catégories comme les jouets, cela peut représenter jusqu’à 95% de l’offre. Voilà de quoi alimenter une angoisse généralisée sur l’envahisseur chinois.
Pourtant les importations chinoises en France pèsent moins de 1,5% de notre PIB. Autant dire une goutte d’eau. Mais alors pourquoi ce décalage énorme entre perception et impact réel ?
Prenons le cas d’une paire de baskets Adidas. Si vous voulez l’acheter dans le magasin au coin de la rue, cela va vous coûter 100 euros. Pourtant, son coût de fabrication en Chine n’est que de 4 euros.
Où sont passés les 96 euros restant ? Il y a bien sûr le coût des matières premières et du transport, mais cela représente moins de 10 euros tout compris. En fait, plus de 80% des coûts sont dans le marketing et la distribution, qui eux resterons chez nous quoi qu’il arrive.
Bref, lorsqu’on délocalise la production de chaussures en Chine, on ne transfert que 4% de la valeur du produit. Tant que les délocalisations ne concerneront que la production, l’impact (à supposer qu’il soit négatif) sur notre économie de services restera somme toute assez marginal.
09:25 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : Chine, délocalisations, importations, mondialisation
19.10.2006
Les misères de l’e-administration
J’en étais à me réjouir des progrès rapides de l’e-administration en France lorsque j’ai eu la désagréable surprise de réaliser que pour accéder aux statistiques détaillées, il faut désormais… payer un abonnement annuel de 450 euros ! De plus, la procédure d’inscription est horriblement compliquée (il faut envoyer un courrier par la poste pour recevoir son mot de passe !). A moins d'avoir la voracité d'un ermite affamé devant un homard à la crème, autant dire que c’est rédhibitoire.
Il est difficile de comprendre les motivations de cette initiative assez lamentable de notre chère administration. Pourquoi diable taxer les citoyens qui s’intéressent à l’économie ? Ce n’est pas les quelques misérables abonnements à 450 euros qui vont changer quoi que ce soit aux finances de l’Etat. A moins que cette nouvelle e-taxe kafkaïenne soit précisément destinée à dégouter le citoyen lambda à s’intéresser à la réalité des chiffres du pays ?
Heureusement que le site de l’INSEE reste gratuit. C’est une superbe mine statistique où j’ai pu trouver en trois clics l’information que je cherchais. Profitez-en, avant qu’un obscur rond de cuire ait la funeste idée d’en faire aussi un centre de e-profits.
15:48 Publié dans Internet | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : INSEE, administration, statistiques, douanes, commerce extérieur
18.10.2006
La mine d’or des séries TV
Comme toute nouvelle mine d’or, ce business s’est rapidement sophistiqué. On trouve aujourd’hui de tout, dans des registres aussi variés que le policier, la science-fiction ou la comédie intimiste. Le fait de pouvoir les visionner en VO rajoute au plaisir par rapport à la télé.
Ayant bien aimé la série 24 Heures chrono, j’ai acheté les yeux fermés la saison 1 d’Alias, qui d’après la jaquette, semblait du même tonneau. Au bout de 2 épisodes, j’ai compris que j’avais affaire à une bluette pour adolescents attardés. La jeune héroïne est à peu près aussi crédible que les Charlie’s Angels tout en se prenant autant au sérieux que Rambo. Bref, j’avais brulé plus de 60 euros pour un coffret de 6 DVD qui me promettait 18 heures de spectacle, en sachant au bout d’une heure que je n’irai pas plus loin.
Les séries TV ont cette caractéristique que soit on aime dès le début (et en général on reste accro pour toute la saison), soit ce n’est pas la peine d’insister. De lors, pourquoi les distributeurs s’obstinent à nous vendre des saisons entières dans des packs hors de prix ? Il faudrait au moins qu'ils se décident à offrir gracieusement le premier épisode de chaque série, afin qu’on se fasse une idée avant d’acheter.
Sinon, le risque est grand de voir se généraliser le reflexe (de bon sens) d’aller télécharger sur les réseaux peer-to-peer le premier épisode d’une série avant d’acheter un coffret. Avec la tentation bien sûr de télécharger le reste.
Pour ceux qui veulent rester dans la légalité sans pour autant miser 50 euros au hasard, je signale qu'il existe un nouveau système de recommandations spécial séries TV sur AlloCiné. J’en parle avec d’autant plus d’entrain que la technologie sous jacente provient de Criteo.
Aller, bon film ! ;-)
10:42 Publié dans Startups | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : 24 heures chrono, Alias, séries TV, Allociné, Recommendations, Criteo
15.10.2006
Les startups et la magie du chiffre 150
- les Connecteurs (ceux qui ont un carnet d’adresse épais comme le bottin),
- les Experts (ceux qui savent tout sur tout),
- les Prosélytes (ceux qui veulent convaincre tout le monde de faire comme eux)
Si vous savez toucher comme il faut ces trois groupes clés, vous serez le roi du marketing viral ! Facile, non ?! ;-)
Au final, on reste un peu sur sa faim car Malcolm Gladwell n’explique pas vraiment dans son livre pourquoi la mayonnaise prend dans un cas plutôt qu’un autre. De fait, ses fameuses recettes secrètes ne sont pas très exploitables.En fait, ce livre a été écrit en 2000, mais il faut déjà office de relique. En six ans, on nous a tellement rabâchés la tête sur les miracles du marketing viral que le sujet est devenu pour le moins galvaudé
Le seul truc qui reste un peu rigolo, c’est la théorie de Gladwell sur le fameux chiffre 150. Des chercheurs en science cognitive ont montré qu’une personne n’est pas capable d’avoir des relations occasionnelles avec plus de 150 personnes en même temps. Cela représente son cercle social ultime.
Cette idée permet d’en extrapoler une intéressante loi des groupes humains. Jusqu’à 150 personnes, un groupe peut espérer conserver une homogénéité et une cohésion importante. Au-delà de cette barrière invisible, le groupe perd son unité, car les individus qui le composent ne sont plus capable d’interagir personnellement les uns avec les autres. Cela entraine des phénomènes spontanés de scission pour retrouver une taille compatible avec des interactions interpersonnelles pour chacun. Gladwell donne pleins d’exemples concrets sur ce seuil magique qui rendent sa théorie plutôt séduisante.
Voilà une piste intéressante pour les entreprises. Le vrai seuil à redouter pour une startup ne serait donc pas le cap des 50 ou 250 salariés (qui en France sont des seuils aussi importants qu’arbitraires au regard du code du travail) mais 150. Au-delà de ce seuil, il faut revoir l’organisation et la manière de travailler, sous peine d’une forte chute d’efficacité.
11:31 Publié dans Startups | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : marketing viral, organisation, startups
11.10.2006
L’Europe entre utopie et technocratie
1) Comment répartir ce gâteau entre les citoyens ?
2) Comment faire grossir ce gâteau ?
La première question est politique, la seconde question on le verra, est au contraire d’ordre économique.
Pourquoi politique ? Parce que la manière de répartir le gâteau n’a rien d’objectif. Elle peut se faire de multiples manières en fonction des rapports de force, de la culture ou de l’histoire. Et cette répartition ne restera socialement acceptable que tant que le pouvoir politique qui l’impose est légitime.
Concernant la taille du gâteau, on sent bien qu’il existe des méthodes plus efficaces que d’autres pour le faire grossir. C’est donc une question plus économique (technique dirons certains).
Les problèmes viennent souvent du fait que les gens en charge de gérer la taille du gâteau, se mêlent de sa répartition. Les institutions européennes sont un cas d’école de ces contradictions.
Lorsque la commission européenne décide de coordonner les efforts de R&D au niveau européen sur des grands projets (génétique, environnement…), elle est parfaitement dans son rôle de faire grossir le gâteau. Et personne ne la critique là-dessus.
Par contre, lorsqu’elle légifère sur le niveau de TVA de chaque pays, elle n’est pas dans son rôle. Pourquoi ? Parce qu’il s’agit d’une question éminemment politique (la répartition du gâteau entre consommateurs, commerçants et collectivité), et que la commission européenne n’a pas la légitimité démocratique pour porter une telle responsabilité.
En ayant transféré des compétences par nature politiques à un exécutif européen d’essence technocratique, on a crée les bases d’un rejet (de plus en plus violent) de l’Europe par ses citoyens. Il faut mettre à la décharge des institutions européennes qu’elles sont le résultat de compromis successifs et laborieux entre des visions inconciliables. Mais dans la situation actuelle, plaider pour une harmonisation fiscale et sociale relève de la douce utopie… ou du cauchemar technocratique !
Tant que l’exécutif européen n’aura pas une vraie légitimité démocratique (en clair que le Président de la Commission Européenne soit issu du Parlement Européen, et responsable devant lui), il faudrait malheureusement limiter ses compétences aux questions strictement économiques (comment faire grossir le gâteau), et surtout pas aux questions politiques (comment le répartir). Sinon, la revanche des peuples fera exploser le bel idéal européen dans un gros gâchis.
16:49 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Europe, institutions, parlement, économie, commission
07.10.2006
Netflix et la méritocratie économique
J’ai reçu des dizaines de messages pour me demander si Criteo allait relever le défi Netflix. Pour ceux qui n’ont pas suivi l’affaire, je rappelle que Netflix, leader américain de la location de DVD sur Internet, a annoncé la semaine dernière qu’il offrait un million de dollars à quiconque arriverait à améliorer de 10% la performance de son algorithme de recommandations de films.
Il est clair que Criteo dont c’est précisément le cœur d’expertise, est partant pour ce défi. Cette annonce de Netflix confirme en tout cas que :
- la maitrise des technologies de recommandations personnalisées représente un enjeu stratégique et financier majeur pour un cyber commerçant (voir mon post sur le sujet)
- les algorithmes sous-jacents sont mathématiquement très ardus, ce qui fait que même un acteur de la taille d’un Netflix a finit par se casser les dents sur le sujet (après 10 ans de recherche interne !) et demander une aide externe.
Au-delà d’une sympathique validation du positionnement stratégique de Criteo, cette annonce contient une autre dimension intéressante. Les règles du jeu en sont simples et transparentes, ce qui fait du défi Netflix un concentré de méritocratie rarissime dans le monde du business.
On observe en effet que pour retenir une solution technique, les processus de décision associés sont trop souvent liés à des considérations de politique interne loin du produit. C’est particulièrement vrai en France où certains grands comptes préfèrent surpayer un produit médiocre que de prendre le risque de travailler avec une jeune startup.
Dans le monde feutré du sourcing technologique, la manière de procéder de Netflix a quelque chose d’assez rafraichissant.17:10 Publié dans Startups | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : netflix, criteo, business, startup

