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27.01.2007
Opérateurs mobiles : bientôt la fin de l’âge d’or ?
Orange, SFR et Bouygues Telecom ont décidé de se pourvoir en cassation après s’être vu infligés une amende record de 534 millions d'euros pour cartel illicite. La cour d’appel (qui a confirmé le jugement en première instance) a en effet estimé que la rentabilité record des trois opérateurs mobiles tricolores provenait notamment d’une entente sur les prix dans un marché sans véritable concurrence.
Il est vrai que cet oligopole à trois têtes semble assis sur une mine d’or inépuisable. Leurs tarifs à la minute restent parmi les plus élevés d’Europe et leurs parts de marché respectives ont semblé trop stables aux juges pour ne pas être suspectes. Et comme pour le citoyen lambda, il est devenu socialement impensable de se passer de mobile, il s’est diffusé un sentiment de racket obligatoire, largement relayé par les associations de consommateurs, UFC-Que Choisir en tête à l'origine de la plainte en justice.
Alors les « fat cats » vont-ils continuer indéfiniment à être ces impressionnantes machines à cash dont la rentabilité à de quoi rendre jaloux même les plus prospères des majors pétrolières ?
En fait, rien n’est moins sûr.
J’en fais tous les jours personnellement l’expérience, en ayant investi dans… un téléphone mobile compatible Wifi (le Nokia E61 précisément). Et alors, me direz-vous en quoi est-ce une menace pour les opérateurs mobiles ? Et bien, en connectant par Internet mon téléphone Wifi avec ma FreeBox, je téléphone gratuitement dans 50 pays ! Cela ne marche pas seulement si je suis à côté de ma FreeBox. Cela marche n’importe où dans le monde, pourvu que je sois à portée d’une borne Wifi. Et une fois relié à l’Internet via le Wifi, n’importe qui peut aussi désormais m’appeler sur mon portable en composant le numéro fixe de ma FreeBox qui va me relayer gratuitement l’appel par le réseau Internet comme si on m’appelait directement sur mon mobile. Et voilà ma facture mobile, en particulier internationale, qui fond comme neige au soleil.
Il est sûr que téléphoner par Internet via son téléphone mobile nécessite encore un petit paramétrage technique qui n’est pas complètement trivial (merci Florent !). Mais il est inévitable que d’ici un an ou deux, ce sera préprogrammé en dur dans tous les téléphones Wifi du marché, donc accessible au grand public.
Dans cette dynamique, la pérennité du modèle économique des opérateurs mobiles est beaucoup moins claire. On comprend mieux ici pourquoi Wanadoo a disparu l’année dernière au profit d’Orange Broadband. Une stratégie intégrée Internet & mobile sera bientôt indispensable pour continuer à exister dans un monde où les communications téléphoniques quelles soient fixes ou mobiles ne pourront plus être facturée au temps passé.
En parallèle, les enjeux stratégiques des fournisseurs d’accès Internet vont changer radicalement dans le futur. Aujourd’hui les consommateurs choisissent leur ADSL en fonction du prix et de la bande passante. Demain ils choisiront selon… sa couverture géographique ! Et les modèles de communautaire de mutualisation des points d’accès (de type Fon) vont faire parti de la panoplie de base de tous les fournisseurs d’accès.
En milieu urbain, il est ainsi inéluctable que la couverture Wifi soit meilleure que la couverture GSM. Chaque foyer connecté à l’ADSL en Wifi deviendra une borne relais que les autres abonnés nomades pourront utiliser pour leurs communications vocales. Les derniers sanctuaires du GSM seront les zones rurales et les déplacements en voiture et en train où le Wifi n’est pas efficace (encore qu'avec le WiMax, les choses pourraient changer) .
En passant, la téléphonie mobile par Wifi devrait aussi donner un second souffle à la couverture Wifi des centres commerciaux. C’est une chose d’aller chez Mc Donald pour surfer sur Internet, cela en est tout autre si la couverture Wifi de Mc Do permet à ses clients de téléphoner gratuitement !
On voit ainsi que les méga procès pour abus de position dominante contre les opérateurs mobiles pourraient bientôt devenir complètement hors de propos, tant les modèles économiques devront de toute façon bouger dans les années à venir.
11:45 Publié dans Internet | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : Mobile, Wifi, FreeBox, Mc Donald, Fon, GSM, ADSL
26.01.2007
Privatisation ou entreprise publique
En dehors des fonctions régaliennes de l’Etat, le débat reste ouvert sur ce qui doit être géré par le public versus le privé. Dans cette discussion, l’idéologie dominante a souvent tendance à prendre le pas sur l’efficacité.
La question centrale est de savoir s’il est justifié ou non de confier la gestion d’un domaine à un opérateur privé plutôt que public. Il s’agit en fait d’une double question :
- un problème d’efficacité économique : qui du public ou du privé pratique la meilleure gestion ?
- un problème plus politique : les surplus dégagés doivent-ils aller à la collectivité ou à un groupe d’intérêts privés ?
La question est trop souvent réduite à l’éternel débat en efficacité (attribuée en général au privé) et justice (l’apanage du public). Selon les aspirations philosophiques de chacun, on pourra pencher vers d’un côté ou de l’autre. Force est de constater que depuis 20 ans, le camp de la privatisation a plutôt le vent en poupe. L’effondrement du socialisme soviétique y a joué un rôle non négligeable, même si assez paradoxal. J’y reviendrai.
Le problème est que dans ce domaine, appliquer de manière rigide une idéologie conduit le plus souvent à des incohérences. Le diable est en effet dans les détails. Par exemple, y-a-t-il équivalence entre une municipalité qui décide de confier le ramassage des ordures à une société privée et le gouvernement qui privatise les autoroutes ?
Dans le premier cas, il s’agit d’une activité de service à faible marge et qui nécessite très peu d’investissements. Confier le ramassage des ordures à un opérateur privé conduit en général à une meilleure gestion des ressources humaines qui est la principale difficulté de ce type d’activité. Si l’opérateur privé se révèle bon gestionnaire, il n’est pas choquant que les bénéfices, s’il y en a, reviennent à ses actionnaires.
Concernant les autoroutes, la situation est tout autre. Les frais de gestion ne pèsent pas lourds face aux investissements. Les péages d’autoroute ont toujours eu pour finalité essentielle de financer les infrastructures routières. Confier leur collecte à un gestionnaire privé crée un inévitable conflit d’intérêt entre l’exploitation et l’Etat. Toute rente que peut en tirer l’opérateur privé de sa gestion viendra nécessairement au détriment de la capacité future de l'Etat à investir dans le réseau routier.
Les calculs d’apothicaires de flux actualisés sur la valeur nette des Autoroutes avancés par le gouvernement n’ont pas convaincu grand monde. Bref, cette récente privatisation ressemble fort à une tentative pour boucher à la sauvette le déficit budgétaire.
Au final, la privatisation se justifie soit pour des activités de service à faible valeur ajoutée, soit évidemment pour les secteurs concurrentiels (exemple de Renault dans l’automobile ou plus récent de Natixis pour le secteur bancaire). La concurrence est en effet (en principe) la meilleure garantie d’efficience du marché. Mais ce qui n’est pas toujours possible (cas des Autoroutes) ou souhaitable (cas des renseignements téléphoniques où la mise en concurrence d’une pléthore de 118 s’est révélée une absurdité).
10:23 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : privatisation, service public, renseignements, autoroutes
22.01.2007
Aggrégation de contenu : les internautes reprennent le pouvoir
La montée en puissance des mashups pourrait laisser penser que le nombre de sites de destination va exploser dans un proche avenir. Certes, on sera demain sollicité tous les jours par des dizaines de nouveaux sites web, tous plus créatifs et alléchants les uns que les autres. Mais pour pimenter un peu cette plongée dans l’avenir d’Internet, il faut garder en tête qu’il existe une autre force qui pousse dans une direction diamétralement opposée (mais non contradictoire !).
Cela part du constat que l’une des activités principales à laquelle les internautes s’adonnent sur le net est la consommation (au sens large) de contenus. Or, pour consommer leurs contenus favoris, pourquoi les internautes seraient-ils condamnés à aller courir sur des dizaines de sites différents ? Ne faudrait-il pas mieux que le contenu vienne à eux dans un seul endroit centralisé ?
Et voilà comment est née l’idée d’aggrégateur personnel. Au début, il s’agissait juste de regrouper les flux de news provenant de blogs et de sites media (ce qu’on appelle les flux RSS) sur une page personnelle unique. Mais le système s’est très vite sophistiqué. Grace à la prolifération des API ouvertes, il existe maintenant des milliers de contenus qu’un internaute (sans aucune connaissance technique) peut très facilement combiner ensemble : météo, notification d’emails, alertes d’enchères, cours de bourse… De cette façon, il se construit une page entièrement personnalisée qui lui servira de tableau de bord central pour toute sa navigation en ligne.
Cet aggrégateur personnel peut soit être géré par un fournisseur en ligne (type Netvibes chez les startups ou Google et Yahoo! chez les poids lourds), soit directement intégrée dans le navigateur de chaque internaute (stratégie de Microsoft et Firefox). En ces deux approches, la bataille sera rude tant les enjeux business sont lourds. De fait, comme l’internaute est a priori destiné à passer un temps croissant sur son aggrégateur personnel, il devient très stratégique d’y avoir accès.
Dans ce monde parallèle, le défi pour le fournisseur de contenu change aussi radicalement. Il ne s’agit plus de faire venir les internautes sur le plus beau site du monde, mais de faire en sorte d’exister sur chaque aggrégateur personnel. Comme l’espace sur cette page est forcément limité, la bataille entre fournisseurs de contenu devient celle de l’espace vital capté au détriment des autres. A l’avenir, chaque millimètre carré occupé sur ce tableau de bord virtuel sera âprement disputé par les grandes marques et services.
Les forces centrifuges (mashups) et centripètes (aggrégateur personnel) s’appuient sur le même écosystème, celui des API ouvertes. Ces deux forces sont en train de redessiner le web à une vitesse stupéfiante. Ce sera d’ailleurs intéressant de voir en 2007 laquelle de ces deux forces aura la dynamique la plus forte.
15:06 Publié dans Web 2.0 | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : mashup, API ouverte, flux RSS, Netvibes, Google, Yahoo!, Firefox
19.01.2007
Les mashups : la pâte à modeler du web
Suite à ma note sur les prochains défis du commerce électronique, j’ai eu un certain nombre de questions sur ce qu’était un mashup. Si ce mot n’évoque pour vous qu’une sorte de gros malabar mou, je vous invite à lire la suite, histoire de ne pas vous retrouver du mauvais côté de la fracture numérique au prochain diner en ville où le sujet arrivera sur la table.
Pour comprendre ce qu’est un mashup, il faut revenir d’abord sur une autre notion, celle d’API ouverte. Une API est une interface qui permet à deux programmes informatiques de communiquer entre eux. Une API ouverte revient simplement à mettre à disposition du grand public cette interface informatique. Aujourd’hui rendre son API publique est devenu une sorte de must pour tout site web qui se réclame un tant soit peu 2.0. Mais pourquoi diable est-ce devenu si à la mode ?
En fait, c’est lié à la structure fonctionnelle du réseau Internet. Schématiquement, on peut considérer Internet comme une sorte de gigantesque outil de publication. Vous avez du contenu à faire partager avec d’autres gens. Vous créez donc une moulinette astucieuse pour publier ce contenu sur un site web. Tout l’art consistant à publier ce contenu d’une manière attractive, intuitive et efficace. La difficulté est bien sûr que ces trois caractéristiques sont en général contradictoires.
D’où il ressort que la publication sur Internet consiste en d’éternels compromis créatifs à la recherche de l’équilibre parfait. A partir d’un contenu donné, les combinaisons de choix marketing peuvent produire une très grande variété de concepts.
Ce constat a fait émerger l’idée suivante :
J’ai un super contenu que je souhaite mettre à disposition des internautes. Il y a potentiellement des milliers de manières intéressantes d’exploiter et de publier ce contenu. Je peux d’ailleurs moi-même tester toutes sortes de concepts marketing sur ce contenu. Mais pourquoi ne pas confier ce travail de titan à d’autres ?
Donc je mets en ligne une interface publique qui permet l’accès libre et non formaté à mon contenu. De cette façon, un grand nombre de développeurs indépendants pourront publier mon contenu chacun avec sa propre approche créative. Certes, je ne maitrise pas toute la chaine de valeur. Mais l’intelligence collective a une telle puissance que parmi tous ces essais, il y a une forte probabilité que quelques très bons concepts émergent et valorisent particulièrement mon contenu.
Voilà pourquoi le concept d’API publique est intiment lié avec la vague du web 2.0. En faisant appel à la communauté des internautes, on a toutes les chances de créer plus de valeur qu’en voulant tout faire tout seul.
Le contenu accessible aujourd’hui par des API publiques est très varié. Cela va du catalogue de produits culturels d’Amazon aux cartes géographiques d’un Google Maps, en passant par des photos personnelles pour Flickr ou des calculs de recommandations pour Criteo (oui, oui, on a une API publique et gratuite de surcroit !).
Et les mashups dans tout cela ? Et bien cela consiste simplement à combiner le contenu issu de plusieurs API publiques pour faire un service totalement original. Un joli exemple de mashup est la combinaison Flickr + Navx + Google Maps qui permet de positionner les photos d’une randonnée à ski sur une carte grâce à un GPS.
On voit vite que les possibilités ouvertes par les mashups sont énormes. Attendez-vous donc à voir ce type d’applications proliférer à grande vitesse dans les années qui viennent. Encore un malabar ?!
10:20 Publié dans Web 2.0 | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : mashup, API publique, Criteo, Flickr, Google, Navx, Amazon
17.01.2007
La seconde vie des grands e-marchands
Ce n’est pas parce que les fonctions traditionnelles du commerce électronique sont en train de devenir une commodité que les grands e-marchands seront automatiquement exclus du jeu. Bien au contraire. Dans le nouvel écosystème du web 2.0 qui se met en place, ils pourront avoir un rôle clé : devenir le tiers de confiance de référence sur une catégorie donnée. C’est en tout cas le fascinant pari d’Amazon qui est en train de réinventer son métier avec un impressionnant volontarisme (encore mal compris d’ailleurs par la plupart des analystes financiers).
La démarche part du constat suivant : en deux ou trois clics bien orientés, j’arrive presque toujours à dénicher un certain Toto qui va me proposer un livre 3 euros moins cher que chez mon cyber libraire habituel. La seule chose qui me retient de traiter avec Toto (illustre inconnu pour moi), c’est la crainte (parfaitement justifiée) que Toto soit négligeant (ou pire malhonnête) avec moi durant la transaction. Maintenant si Toto est référencé sur la place de marché d’Amazon, la situation est différente. La marque Amazon me garanti transparence, efficacité et fiabilité de la transaction. De fait, je peux maintenant acheter son livre à Toto en toute tranquillité. Et bien sûr, Amazon préfère toucher une commission de 5% sur la transaction entre moi et Toto que rien du tout.
L’idée d’Amazon est simple : mieux vaut intégrer tous les Toto dans l’écosystème Amazon plutôt que de les laisser se développer anarchiquement en dehors. En ayant ce rôle de facilitateur et de garant de la transaction, Amazon espère conserver une partie des flux financiers associés, ce qui au final est la seule chose importante à ses yeux.
Dans cet esprit, Amazon a pris il y a deux ans une décision stupéfiante : mettre gratuitement à disposition de la communauté des développeurs l’intégralité de son catalogue produits (sous forme de web services utilisables sans contrainte en marque blanche). Quand on sait que pour un distributeur, le catalogue produits fait parti des actifs qui sont censés avoir le plus de valeur, on mesure la radicalité du geste.
Mais la logique est toujours la même : mieux vaut que les Toto développent leurs concepts révolutionnaires de merchandising sur le catalogue Amazon, plutôt que sur un catalogue indépendant. Ce concept d’API ouverte permettant de développer des mashups est certes devenu courant pour les sites web 2.0, mais elle reste encore très exceptionnelle chez les e-marchands.
Cela montre que l’e-commerce 2.0 est encore bien en retard par rapport au web 2.0 en général. A ce titre, 2007 a toutes les chances d’être une année charnière où les e-marchands les plus dynamiques devraient creuser l'écart avec les autres.
09:15 Publié dans Web 2.0 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Amazon, API, marque blanche, web services, mashups, e-commerce
15.01.2007
Ce qui va changer demain dans le commerce électronique
Les grands distributeurs traditionnels ont fait leur succès sur leur maitrise hors du commun des achats, du merchandising et de la logistique. Cette combinaison de facteurs leur a permit de broyer le commerce traditionnel et d’imposer un nouveau modèle dominant.
La première génération de sites de e-commerce a adapté ce modèle gagnant en ligne. Après des débuts difficiles liés à l’apprentissage des spécificités du media Internet, les grandes boutiques en ligne maitrisent désormais plus ou moins les trois fonctions clés de la distribution : achats, logistique et merchandising. Grâce à une masse critique d’acheteurs de plus en plus matures, les volumes et la rentabilité sont au rendez-vous. Avec une croissance de 30% par an qui ne semble pas faiblir, le commerce électronique a un avenir radieux.
Ce joli modèle de marché a pourtant toutes les chances d’imploser dans les années à venir. Et comme toujours, ceux qui auront compris avant les autres, tireront plus vite leur épingle du jeu.
Tout d’abord, dans le monde plat de l’Internet, la forteresse de la fonction achat est en train de se désagréger avec une vitesse stupéfiante. Les fabricants les plus obscures sont de plus en plus faciles à débusquer. Avec un peu de jugeote et une bonne spécialisation verticale, n’importe qui peut sourcer le meilleur produit au fin fond du monde virtuel.
Sur la logistique (clé pour la vente à distance), le développement des réseaux Fedex, UPS et autres grands transporteurs permet aussi à n’importe quel individu d’expédier n’importe quoi, n’importe où avec une fiabilité digne des meilleurs professionnels.
Enfin l’arrivée à maturité de beaucoup de technologies internet (qui est un des aspects de la vague web 2.0) ainsi que l’effondrement des coûts de stockage et de bande passante, permet une explosion des concepts de e-merchandising. Les outils qui permettent de créer des boutiques en ligne sont devenus tellement simples et puissants, que tout entrepreneur individuel un peu malin peut débrider sa créativité markéting pour des investissements très faibles. De fait, les lancements de concepts novateurs en merchandising (notamment autour du web communautaire) s’enchainent sur la toile à un rythme de plus en plus rapide.
Sans parler du fait que la comparaison des prix étant très facile sur Internet, il est beaucoup plus difficile pour un e-commerçant de répliquer une tactique bien rodée des hyper traditionnels : attirer les clients avec quelques promos à prix cassé et se rattraper par les achats d’impulsion dérivés à forte marge.
La combinaison de ces tendances lourdes a une conséquence implacable : savoir vendre sur Internet est devenu très banal et les marges sont tendanciellement au rasoir. On assiste à la montée en puissance d’un gigantesque écosystème mondial de petits entrepreneurs volontaires qui essayent d’occuper toutes les niches imaginables du commerce.
Cette armée d’anonymes dont les frais de structure sont quasi nuls, représente évidemment une menace très sérieuse pour les grands e-commerçants qui voient leur business attaqué de toute part. Cela a fait la fortune d’un eBay, mais le phénomène va aujourd’hui bien au-delà des enchères et surtout s'accélère en compliquant beaucoup les chaines de valeur.
Néanmoins, dans cette seconde révolution de l’e-commerce, ces grands e-marchands ont une très belle carte à jouer. Ce sera le sujet de ma prochaine note, le temps de la mettre en forme… ;-)
14:15 Publié dans Internet | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : e-commerce, eBay, web 2.0, merchandising, grande distribution
12.01.2007
La distribution d’actions gratuites sur le CAC 40
Dans la note précédente, j’expliquai que l’attribution d’actions gratuites est un dispositif remarquable pour dynamiser les jeunes entreprises innovantes. Il améliore le recrutement, la motivation et la fidélisation des employés, le tout sans peser sur la trésorerie des jeunes pousses.
Qu’en est-il au sein des fleurons du CAC 40 ? Force est de constater que les avantages pour la PME de cet outil perdent assez vite en pertinence au sein d’une grande entreprise.
L’amélioration du recrutement ? La grande entreprise jouit (en France en particulier) d’un prestige qui fait que contrairement à la PME, elle n’a aucun mal à recruter les meilleurs.
La fidélisation des salariés ? La mobilité de carrière est (en principe) facile dans une grande structure qui offre beaucoup d’opportunités. En outre, il est bien connu que la protection des salariés croit avec la taille de l’entreprise qui s’accompagne d’une montée en puissance syndicale. Donc par nature, les employés des grands groupes ont très peu d’incitation à aller voir ailleurs.
L’optimisation de la trésorerie ? Autant les problèmes de trésorerie sont la première cause de mortalité des PME, autant un grand groupe peut jongler entre ses filiales selon la conjoncture, et surtout à un accès incomparable au crédit bancaire.
Bref, si les motivations précitées ne sont pas pertinentes dans un grand groupe, alors pourquoi les entreprises du CAC 40 distribuent-elles de manière croissante des actions gratuites (comme elles le faisaient auparavant avec les stock options) ?
Pour faire court, dans les sociétés du CAC40, cet outil est essentiellement utilisé pour aligner les intérêts des dirigeants sur ceux des actionnaires.
Cela peut paraitre a priori une bonne chose. Dans la pratique, les effets pervers sont difficilement évitables. Cela entraine notamment en général une très forte concentration de la distribution sur une poignée de décisionnaires clés. Certes ces managers partagent alors les intérêts de leurs mandants actionnaires. Mais par ricochet, ils s’éloignent aussi de leurs employés, ce qui pose d’évidents conflits d’intérêts.
Autant les actions gratuites sont un outil remarquable pour les PME innovantes, autant leur transposition dans le cadre d’un groupe type CAC 40 peut entrainer des dérives certaines. Sans parler du fait que dans un groupe côté en bourse, la combinaison d’un statut fiscal très avantageux et d’une garantie automatique de liquidité a quelque chose de légèrement indécent. A l’opposé, dans les PME non cotées pour lesquelles la liquidité finale des actions reste toujours aléatoire, le bonus fiscal est parfaitement justifié par la forte prime de risque associée.
Pour le CIR ou la JEI, le législateur a très bien su circonscrire le dispositif aux PME, afin qu’il ne soit pas perverti par les grands groupes. On pourrait tout à fait imaginer que les mécanismes d’incitation au capital soient structurés selon un schéma similaire, non ?
21:28 Publié dans Startups | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : actions gratuites, CAC 40, PME, actionnaires
09.01.2007
Mieux que les stock options
Les stock options (et les BCE qui sont l’équivalent français) ont été inventées pour permettre d’intéresser les salariés au succès de l’entreprise. Pour une start-up, cela présente au moins 4 avantages :
- attirer des profils de haut niveau qui sinon n’auraient jamais été intéressés par une PME,
- fidéliser les salariés en les associant sur le long terme à l’entreprise,
- proposer une forme originale de compensation financière qui ne pèse pas sur la trésorerie de l’entreprise
- offrir aux salariés un effet de levier potentiel important sans qu’ils aient besoin de risquer leurs petites économies
Enfin, les stock options concrétisent aussi l’idée d’une aventure commune autour d’un projet d’entreprise, ce qui est très important dans une petite structure qui bouge vite.
Bien utilisés, les stock options bénéficient en outre d’une fiscalité attractive. Cet outil souffre néanmoins d’un lourd handicap lié au prix d’émission de l’option. Si ce prix est trop élevé, la liquidité peut se faire à une valorisation inférieure. Dans ce cas, le salarié ne touche rien du tout, ce qui est un peu frustrant, et retire tout intérêt à la chose.
Depuis 18 mois, il existe un nouvel outil juridique qui corrige cette imperfection : l’émission d’actions gratuites. Comme son nom l’indique, il s’agit cette fois de distribuer des actions et non des options. Ces actions étant gratuites, quel que soit le prix de sortie, le salarié est a priori toujours gagnant. Cela revient en quelque sorte à émettre des stock options dont le strike serait à zéro.
Par son efficacité, ce nouveau dispositif (utilisé chez Criteo) ringardise nettement les bonnes vieilles stock options. Il est à mettre en perspective avec en parallèle le rajeunissement du Crédit Impôt Recherche et l’arrivée depuis quelques années du remarquable statut de Jeune Entreprise Innovante.
Qui a dit que la France n’était pas un beau pays pour créer des start-ups ?!
15:14 Publié dans Création d'entreprise | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : stock options, BCE, actions gratuites, fiscalité
05.01.2007
Et si les pauvres n’intéressaient plus les riches ?!
Depuis le début de l’Humanité, il y a toujours eu des pauvres et des riches. Les marxistes ont traduit cette réalité par la notion d’exploiteurs, d’exploités et de lutte des classes, et dont la conséquence logique aurait dû être la révolution du prolétariat.
Force est pourtant de reconnaitre que malgré les inévitables soubresauts de l’Histoire, la cohabitation des pauvres et des riches est restée étonnamment paisible, chacun acceptant plus ou moins son sort. Même l’avènement de la démocratie depuis deux siècles qui aurait normalement dû sonner la revanche des pauvres (qui, faut-il le rappeler, sont ultra majoritaires), n’a pas vraiment changé les choses.
Ce relatif équilibre vient d’un pacte social implicite où chacun y trouve son intérêt (même si bien sûr, les riches ont toujours été gagnants de ce donnant-donnant !).
De l’Antiquité au Moyen-âge, le pacte social consistait à échanger la sécurité contre l’exploitation. Les paysans acceptaient de nourrir la noblesse et le clergé, à condition que ceux-ci les protègent contre les agressions extérieures.
Durant la révolution industrielle, le pacte social n’a pas fondamentalement changé, même si la notion de sécurité s’est étendue. La bourgeoisie avait toujours besoin d’une main d’œuvre abondante pour produire dans leurs usines les biens nécessaires à son confort. En échange de cette discipline au travail, les ouvriers ont négocié de nouvelles garanties : sécurité sociale, assurance chômage, retraite, pouvoir d’achat décent.
La révolution en cours du capitalisme de la connaissance est en train de faire voler en éclat ce modèle historique, et cela avec une stupéfiante rapidité. Dans l’économie du futur où l’essentiel de la valeur ajoutée se concentrera dans la conception et non dans la production, le système économique aura de moins en moins besoin d’une classe dite laborieuse. Il faudra certes toujours des gens pour distribution les produits, mais là aussi, l’inexorable montée en puissance de la distribution en ligne limitera les besoins en main d’œuvre dans ce domaine.
Le vrai malheur des pauvres n’est pas de se faire exploiter. Le pire qu’il puisse leur arriver, c’est que plus personne ne s’intéresse à eux. Le risque est de voir apparaitre une sorte d'« Humanité en trop » dont on voit déjà les sombres prémisses dans la progression incontrôlable des bidonvilles du Tiers Monde.
07:45 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : riches, pauvres, ouvriers, démocratie, capitalisme

