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29.06.2007

Le blogging et les entrepreneurs

Il est étonnant de constater le nombre important d’entrepreneurs qui sont aussi bloggeurs. Les entrepreneurs sont pourtant des gens le plus souvent débordés. S’ils trouvent néanmoins le temps de blogger, c’est que cela doit correspondre à quelque chose.

Comme d’autres entrepreneurs, je suis moi-même bloggeur. Mais contrairement à certains, je fais une séparation assez nette avec mon entreprise. Je blogue avant tout à titre personnel, et par pur plaisir. Je le fait au gré de mes envies, sur des sujets qui m’intriguent. Rien de tel pour se clarifier la tête sur un sujet que de s’en faire une petite synthèse de 30 lignes.

Néanmoins, mon blog fait parti à part entière de mon identité numérique. Inévitablement, la barrière avec ma vie professionnelle (qui occupe quand même l’essentiel de mon temps) est poreuse. De fait, j’ai noué par ce blog beaucoup de contacts à caractère semi-professionnel. Force est d'ailleurs de constater que  ma petite audience se compose pour beaucoup de professionnels du web (et pourtant je divague souvent sur des sujets assez éloignés de l'Internet), ou en tout cas de gros lecteurs de blogs. Ce lectorat ciblé s'illustre par la position de mon blog relativement proche du centre géométrique de la blogsphère (au sens de l'AutoRoll).

De mon côté, pour contacter un professionnel du web, j’ai toujours le réflexe d’aller faire un tour sur son blog perso, s’il en a un. Cela permet d’ajouter une dimension humaine très agréable dans les relations. D’ailleurs la limite est souvent floue en les bloggeurs professionnels et les entrepreneurs bloggeurs. Je suis membre de plusieurs de ces cercles (CEO bloggers club, Dessinons le web 2.0,…) qui entretiennent à leur manière cet esprit du net entrepreneurial.

L’Internet est encore dans une phase de croissance débridée où la confrontation d’idées est primordiale pour faire avancer les choses. Dans cet esprit, il faut reconnaitre que le blogging est un outil très sympa. Il permet d’utiliser cette intelligence collective du web pour faire murir des nouvelles (et parfois très bonnes) idées. C’est sans doute pour cela que le blogging d’entrepreneurs a encore de beaux jours devant lui. Ce n'est pas que du temps perdu, qu'on se le dise ! ;-)

23:35 Publié dans Startups, Web 2.0 | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : entrepreneur, esprit du net, autoroll, blogs

26.06.2007

Gloire et limites de la grande entreprise

Pourquoi la révolution industrielle a-t-elle démarré précisément dans la seconde moitié du XVIIIème siècle en Angleterre ?
Les historiens ont beaucoup disserté sur l’Angleterre. Ce qui lui a valut de jouer les pionniers tient au fait qu’à l’époque c’était le seul pays dont la gouvernance se rapprochait (vaguement) de la feuille de route idéale d’un Etat de droit. Les inégalités y étant aussi moins criantes qu’ailleurs, la création d’un marché de masse y fut plus facile.
Moins connus sont les mécanismes qui ont conduit à cette industrialisation, dont le secteur du textile fut l’un des principaux vecteurs. Depuis le Moyen-âge, on avait assisté à une succession d’améliorations techniques remarquables. Avec le temps, le tissage de la laine (le coton n’était pas encore connu) était devenu de plus en plus efficace.
Les artisans travaillaient de chez eux sur des métiers à tisser individuels. La matière première et les machines étaient financées par les marchands en avance de leur production future. Ce système avait l’avantage d’être d’une grande souplesse. Les marchands pouvaient adapter les livraisons de laine vierge en fonction de la demande. Ils ne payaient les artisans qu’au résultat. Ces derniers appréciaient aussi beaucoup cette flexibilité. Cela leur permettait de continuer à exploiter leur lopin de terre durant les périodes creuses.
Toutes les tentatives de regrouper des artisans tisseurs dans des fabriques furent vouées à l’échec. Les gains de productivité espérés par la concentration étaient loin de compenser la rigidité du système.
Mais au XVIIIème siècle, ce système bien rodé trouva finalement ses limites. De nouvelles machines très efficaces apparurent. Ces nouveaux métiers à tisser permettaient d'énormes gains de productivité. Par contre, ils coutaient très chers, donc il était hors de question de les installer chez chaque artisan. Il apparut alors que le regroupement d’artisans dans des proto-usines devenait enfin rentable. Pour la première fois dans l’Histoire, les effets d’échelle étaient plus importants que l’inévitable rigidité qu’ils induisaient. La généralisation de la machine à vapeur accéléra ensuite ce phénomène qui conduisit à la naissance des usines et du monde ouvrier. Ainsi était née la « révolution industrielle ». On connait la suite.Les grandes entreprises se sont développées sur cette notion d’effets d’échelle. En concentrant des ressources, on arrive à produire plus et moins cher. Aujourd’hui à l’heure des grandes multinationales, ce modèle parait au sommet de sa puissance.Pourtant la combinaison de plusieurs phénomènes majeurs amène à penser qu’on pourrait tout à fait voir se dessiner un chemin inverse. Tout d’abord, la généralisation de l’ordinateur individuel permet à chacun d’avoir à titre personnel une machine aussi puissante que celle qu’il peut obtenir par son employeur. Ensuite, la massification d’Internet permet à chacun d’être connecté à tous. Or, nous entrons dans l’économie de la connaissance où la valeur glisse de la production à l’innovation. Dans ce nouveau cadre, une poignée d’individus déterminés se révèle souvent bien plus efficace que des grands centres de R&D. Reste aux grandes entreprises la commercialisation, qui nécessitera presque toujours des moyens lourds.
L’industrie pharmaceutique est en train de basculer dans ce schéma, les grands laboratoires se contentant de plus en plus de gober les startups au fur et à mesure qu’elles conçoivent de nouvelles molécules innovantes. D’autres secteurs y viennent aussi sans bruit, notamment dans les technologies de l’information. Dans ce schéma, l’équilibre pourrait se trouver modifier entres d’un côté des individus et des PME moteurs de l’innovation, et de l’autre des grandes entreprises qui en seraient les tuyaux de distribution.

03:14 Publié dans Création d'entreprise, Economie, Startups | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : PME, grandes entreprises, révolution industrielle, innovation

20.06.2007

La métamorphose du capitalisme boursier

En 2006 aux Etats-Unis, les 500 plus grosses sociétés cotées ont racheté pour 430 milliards de dollars de leurs propres actions, mais n’ont payé que 220 milliards de dividendes. Il y a 15 ans, le rachat d’actions ne pesait pourtant pas grand-chose. Comment interpréter cette nouvelle tendance ?

Si les gros dividendes ne sont plus dans l’air du temps, ce n’est pas du à une conspiration des dirigeants. C’est au contraire en toute connaissance de cause que ce choix a été fait, parfois sous la pression des actionnaires eux-mêmes.

Mais pourquoi les actionnaires acceptent de renoncer aussi facilement à leurs dividendes ? S’ils étaient philanthropes, cela se saurait. En fait, les rachats d’actions par les sociétés cotées reviennent à diminuer le nombre d’actions en circulation. Cela a une conséquence mécanique : augmenter les futurs dividendes par action.

Donc, l’actionnaire accepte de toucher moins d’argent maintenant, pour toucher plus d’argent dans le futur. Quelle belle sagesse de l’investisseur qui privilégie le long terme, non ? En fait, c’est tout le contraire. La perspective d’augmentation du dividende par action pousse les cours vers le haut. Rien de plus naturel, puisque le cours de l’action est censé intégrer précisément ce type d’anticipation.

Bref, l’actionnaire échange en fait son dividende contre une plus-value à court terme, avec toutes les conséquences spéculatives que cela peut avoir. Cette nouvelle mode se fait évidemment avec la complicité active de tous les détenteurs de stock-options, les dirigeants en premier lieu. Ces derniers ne voient en effet pas la couleur des dividendes. Par contre, ils ont un intérêt évident à la montée du cours.

Tout cela entraine une augmentation de la volatilité des cours, ce dont profitent les intermédiaires et les arbitragistes. Au final, tout le monde est gagnant, sauf l’entreprise elle-même. Mais bon, est-ce bien grave docteur ? Tant qu’on peut se gaver sur la bête, allons-y joyeusement.

Décidément la sérénité du non côté a vraiment des bons… côtés ! Du fait de la structure stable de leur actionnariat, les startups ont une démarche stratégique plus posée. N'étant pas obsédées par les fluctuations de leur cours de bourse, elles se retrouvent souvent d’avantage tournées vers le long terme que les grands groupes côtés. Sacré paradoxe.

16:56 Publié dans Economie, Startups | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : bourse, dividences, rachat d'actions, non coté

16.06.2007

La feuille de route idéale de l’Etat pour le développement économique

Une fois le principe d’égalité des chances établi, d’autres conditions sont nécessaires au développement économique. On peut essayer de résumer une sorte de feuille de route que tout Etat (qu’à priori on imagine soucieux de son efficacité) devrait tenter de suivre :

1)       Garantir le respect de la propriété privée (pas d’expropriation abusive), seule manière d’encourager l’investissement et l’épargne

2)       Garantir les libertés individuelles contre toutes les formes de tyrannies (intimidation, violence et corruption)

3)       Garantir l’application des lois et des engagements contractuels entre parties

4)       Réagir de manière rapide, pondérée et impartiale face aux besoins de la population

5)       Rechercher l’efficacité et la productivité maximale des services publics

6)       Lutter contre toutes les formes de rentes de situations qui maintiendraient à certains agents économiques des privilèges disproportionnés par rapport à leur contribution objective.

Ces idéaux sont utopiques. Aucun Etat n’y adhère à 100%. Assez loin de là. Comme pour tous les idéaux politiques, il y a des « recette de gauche » et des « recettes de droite ». Parfois assez justes, parfois un brin tendancieuses.

La lutte contre les rentes au sens large en donne un exemple illustratif. Chaque famille politique a une tendance innée à défendre avant tout les fromages de son électorat. C’est assez compréhensible d’ailleurs. Quelqu’un peut-il me dire s’il a déjà rencontré un machin qui s’appelle « l’intérêt général » ? 

10:38 Publié dans Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : développement économique, rentes, productivité, Etat, services publics

12.06.2007

Quels services 2.0 utilisez-vous ?

Même si l’expression web 2.0 est devenue très galvaudée, c’est toujours très intéressant de suivre les initiatives dans ce domaine. Et quel meilleur moyen que d’en suivre l’usage parmi des gens qu’on connait ? A l’initiative de Jacques Froissant, voici la liste des principaux services 2.0 que j’utilise. Il y en a plein d’autres, mais dont j’ai un usage plus en dilettante. Donc histoire de ne pas faire trop long, j’ai juste mentionné ceux que j’utilise le plus souvent.

 

Bureautique :

Gmail (mais je pop à l’ancienne tous mes emails sous Outlook, car l’interface en ligne est pénible, celle du nouveau Yahoo! Mail est bien mieux).

GTalk (c’est devenu notre outil de messagerie interne chez Criteo, beaucoup plus sobre que MSN et autres, on peut juste regretter l’absence de fonctions de vidéoconférence. Je suis trop vieux pour Iminent, dommage car ça « déchire grave » !).

Google Desktop (fabuleux, quel cauchemar c’était avant cela pour retrouver une info)

 

Blogging :

Blogspirit (qui héberge ce blog, interface facile, clair et souple)

AutoRoll (bien sûr ! Et je teste aussi en dessous le futur widget Criteo Ads promis à un grand avenir)

MyBlogLog (c’est devenu presque un standard, on souhaite le même destin au CriteoRoll ;-))

Par contre, j’ai abandonné Google Analytics qui donne trop d’incohérences.

 

Outils de recherche :

Gmaps (bien plus facile à utiliser que son équivalent chez Yahoo!)

Netvibes (imité, mais jamais égalé par la concurrence)

Blogger (pour la recherche thématique sur les blogs, qu’il faut parfois compléter par un petit tour sur Wikio pour avoir une vue exhaustive)

Maintenant que j’ai investi dans un TomTom, je vais enfin pouvoir aller sur Navx. ;-)

 

Vidéo :

Dailymotion (superbe bande passante)

Jumpcut (manque de bande passante, mais outil de montage vidéo super convivial)

Vpod (pour son interface de visualisation pleine écran d’une qualité impressionnante)

 

Et vous ? Quels sont vos services préférés ? (Vous l’avez compris, cette note s’adresse aux geeks en premier lieu ;-))

13:36 Publié dans Web 2.0 | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : web 2.0, AutRoll, netvibes, google, dailymotion

08.06.2007

L’avenir des brevets en question

Récemment, la Cour Suprême des Etats-Unis a rendu un arrêt majeur pour préciser certaines limites en termes de brevetabilité. En particulier, ne peut faire l’objet d’un brevet la simple combinaison de deux technologies existantes. L’argument des juges repose sur le fait qu’il existe une innovation naturelle incrémentale à l’échelle de la société toute entière. Cette innovation incrémentale viendra de toute façon un jour ou l’autre. Il n’est donc pas raisonnable qu’un acteur privé puisse en verrouiller la valeur sur des dizaines d’années, au seul prétexte d’avoir été le premier à y penser.

Ce coup de frein à la folie de tout brevetable est éminemment salutaire, d’autant qu’il va dans le sens de l’Histoire.

La législation des brevets s’est très bien adaptée à la société industrielle du XXème siècle. Les entreprises investissaient dans la R&D pour concevoir un nouveau produit. Les brevets permettaient d’en amortir la commercialisation. Tout allait bien dans le meilleur des mondes possibles.

En ce début du XXIème siècle, nous sommes en train de basculer de manière très rapide vers une société de services. Les ouvriers de demain ne seront plus dans les usines mais dans les centres d’appel. Les produits sont de plus en plus réduits à l’état de sous-jacents qui disparaissent derrière des offres de services intégrés. Le cas de l’industrie des logiciels est symptomatique de ce changement en cours.

Or les services ne sont pas brevetables en tant que tel (et c’est heureux !). D’autant qu’une grande partie de leur valeur est dans la qualité d’exécution. Les innovations dans ce domaine créent énormément de valeur. Le cas de Dell est exemplaire d’un empire industriel créé sur des innovations de services. Dell est d’ailleurs lui-même désormais confronté à de nouveaux redoutables concurrents asiatiques qui le défient à son propre jeu.

On peut résumer cela par : je peux concevoir le plus beau bijou technologique du monde, mais si je ne sais pas le packager dans une offre adaptée de services, cela n’a aucune valeur.

Rappelons que la justification principale des brevets est d’encourager la R&D en récompensant l’innovation. Mais que se passe-t-il si l’innovation se fait désormais essentiellement sur les services et l'exécution, et non les produits sous-jacents ? En réduisant artificiellement l’accès aux produits, le brevet ne devient-il pas alors un frein à l’innovation de services ?

Il est probable que ce basculement de la création de valeur aura des répercussions fondamentales sur les législations encadrant la propriété industrielle. La frénésie des brevets pourrait bientôt être derrière nous. Sous la pression des industriels eux-mêmes, on devrait au contraire assister à une réduction croissante de leur champ d’application.

 

12:42 Publié dans Economie, Startups | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : brevets, propriété industrielle, Dell, R&D, innovations

05.06.2007

Quelle est la valeur d’une idée ?

Il m’arrive assez régulièrement de discuter avec des porteurs de projet qui envisagent de monter leur entreprise, voir qui en ont déjà bien entamé les premières étapes. La plupart du temps, on a des discussions passionnantes à bâtons rompus et surtout sans langue de bois. Je n’hésite pas d’ailleurs à mettre les pieds dans le plat quand je ne sens pas un truc. C’est toujours constructif. J’ai moi-même beaucoup apprécié les feedback extérieurs que j’ai pu avoir à l’époque de Kiwee, et aujourd’hui sur Criteo. Rien ne vaut la confrontation d’idées pour affiner son plan d’action.

Parfois, je tombe néanmoins sur des gens qui me disent en substance : « j’ai une super idée, mais je ne peux rien dire, sinon on va me la voler ». Cette paranoïa de l’entrepreneur en herbe est ultra-classique. A l’époque de mes premiers projets, j’avais moi-même eu du mal à m’en extraire.

C’est dommage, car cette peur repose sur une illusion : celle de croire que les idées ont une valeur intrinsèque. En tant que telles, les idées n’ont aucune valeur. Ce qui a de la valeur, c’est uniquement la mise en œuvre efficace d’une idée.

Les consultants en stratégie dont le métier est de vendre des idées en savent quelque chose. S’il n’y a personne pour implémenter leurs brillantes recommandations, elles finissent au fond d’un tiroir et n’ont aucune valeur. Etant moi-même un ancien consultant, j’ai pu constater que ce qui fait la différence entre une futile discussion de salon et un vrai processus de création de valeur, c’est la capacité d’exécution. Pas très glamour, mais c’est la dure réalité.

Il existe une autre raison pour laquelle les idées ont de moins en moins de valeur. Le monde postmoderne est de plus en plus complexe. De fait, il devient très difficile de juger si une idée est bonne ou non. Dans la plupart des cas, la seule manière de trancher est de la mettre en œuvre (au moins partiellement) et de juger sur pièce. D’où l’extrême importante d’avoir une bonne capacité d’exécution.

Le facteur clé de succès n’est pas d’avoir des idées, mais d’être capable de les confronter à la réalité, et si possible de manière rapide et flexible. En passant, il est heureux que les idées ne soit pas brevetables. La possibilité de breveter une idée serait non seulement une absurdité conceptuelle, mais un frein catastrophique à la seule vraie innovation créatrice de valeur : la mise en œuvre des (bonnes) nouvelles idées.

12:37 Publié dans Création d'entreprise | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : entrepreneurs, brevets

01.06.2007

La fin de l’industrie informatique

L’industrie informatique semble bénéficier d’une vitalité à toutes épreuves. Il parait paradoxal d’annoncer sa fin. Pourtant, dans les années qui viennent, on va assister à un big bang qui risque laisser beaucoup de sang sur les murs. Cette recomposition du secteur promet d’être aussi violente que celle de la sidérurgie des années 80.

Le schéma classique de l’industrie informatique consiste à payer très cher un type en costume-cravate pour vendre un logiciel compliqué à une grande direction informatique. Une fois convaincue, cette dernière lance alors un gros projet pour intégrer ledit logiciel sur ses plateformes. Ce projet étant souvent d’une extrême complexité, il faut en général recourir à un intégrateur externe. Et nous voilà parti pour des mois (parfois des années !) de mise en œuvre, avec les milliers de jours hommes facturés qui l’accompagne.

Régulièrement, on voit des projets qui vont dans le mur, et tout l’argent investi partir en fumé. Même en cas de succès, le client est souvent incapable de mesurer l’efficacité économique réelle de cette gigantesque boite noire. Mais bon, la direction générale se dit que c’est un moindre mal et qu’elle n’a pas vraiment le choix.

Tout le modèle économique de l’industrie informatique repose sur ce schéma compliqué. Pourtant d’ici quelques années, sa fin est programmée. La massification de l’Internet dans toutes les entreprises permet enfin l’émergence d’un nouveau modèle beaucoup plus efficace : le SaaS (Software as a Service).

L’idée de base est simple. Cela consiste à ne plus vendre de logiciels, mais des services liés à l’usage de ces logiciels. Ce changement peut paraitre anodin. Mais en fait, c’est une révolution. Les solutions de SaaS engendrent pour le client  des gains stupéfiants :

-          Le client ne paye que ce qu’il utilise vraiment, ce qui lui revient vite dix fois moins cher que dans le schéma traditionnel.

-          Le client peut utiliser le logiciel immédiatement. Fini les éreintants projets d’intégration qui durent des mois.

-          La solution est indépendante de l’environnement client existant et de ses choix techniques passés.

-          Si le SaaS est bien conçu, le client n’a quasiment pas besoin de compétences techniques pour l’utiliser.

-          Pas besoin non plus pour le client de se soucier des éternels problèmes de production, de supervision, de mises à jour et de la maintenance logicielle.

-          Enfin, le choix d’un SaaS plutôt qu’un autre peut enfin se faire sur des critères purement business et non plus techniques.

Les gains du SaaS sont tels que toutes les entreprises utilisatrices de soft y viendront. Tôt ou tard. Mais cela prendra du temps, car l’industrie informatique organise une résistance farouche à cette innovation radicale. De fait, certains gros acteurs du secteur ont beaucoup à perdre.

Tout d’abords, les SSII ne voient évidemment pas d’un bon œil la disparition de tous ces juteux projets d’intégration. Beaucoup d’éditeurs trainent aussi les pieds. L’approche SaaS les oblige à des douloureux changements marketings et organisationnels. Surtout, ils sont peu enthousiastes à l’idée d’abandonner le confortable modèle à la licence où ils pouvaient fixer leurs prix de vente de manière arbitraire. Le modèle à l’usage les oblige à relier la tarification à la réalité opérationnelle du client. Ils savent bien que cette transparence ne peut que pousser les prix vers le bas.

Enfin les grandes DSI des clients ont aussi tout lieu de s’inquiéter. Autrefois seuls détenteurs du savoir technique de l’entreprise, l’émergence du SaaS risque d’affaiblir leur position, voir de les court-circuiter. Tous les arguments sont bons pour rester la main sur le frein : risques sur la sécurité et la confidentialité des données, ou danger de dépendance vis-à-vis d’un tiers.

En France, avec la manie de la plupart des grands clients d’exiger des développements spécifiques, le mouvement vers le SaaS risque d’être encore plus lent qu’ailleurs. Cela fait les choux gras de nos chères SSII nationales qui vampirisent de manière désastreuse les ressources humaines du secteur informatique. Dommage, cela retarde d’autant les énormes gains de productivité à venir pour les entreprises grosses consommatrices de soft.

08:52 Publié dans Internet | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : informatique, SaaS, logiciel

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