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15.08.2008
Comment rémunérer la production musicale à l’ère d’Internet ?
Dans une économie entièrement numérique, comment les artistes pourront s’assurer des revenus équitables pour leur production musicale ? Outre l’impasse annoncée de la voie répressive, l’alternative séduisante de la licence globale peut rebuter ceux qui voient d’un mauvais œil l’étatisation du marché de la musique.
Pour comprendre les enjeux, il faut distinguer deux étapes du processus : production et distribution de musique. Sauf quand il s’agit de concerts, la production musicale est un centre de coûts. Il faut payer le studio, les musiciens et tout l’écosystème qui gravite autour. Les maisons de disque et les artistes acceptent d’investir à perte dans la production car ils savent qu’ils vont ensuite récupérer leur mise en prélevant leur dime sur la distribution.
Dans le système traditionnel, cela marche plutôt bien. Certes, la distribution physique coûte aussi de l’argent. Il faut presser les CD, imprimer des jolies pochettes, acheminer les boites sur le point de vente, les mettre en rayon et les facturer à la caisse. Mais cette lourde chaine logistique a une valeur bien comprise par le consommateur qui accepte donc de payer son CD (si possible) au prix fort. Pour rémunérer la production musicale amont, il suffit donc d’inclure une taxe (le fameux droit d’auteur) dans le prix final.
Le « problème » de la distribution numérique en peer-to-peer est qu’elle ne coute rien (précisément, le seul coût pour l’utilisateur est la bande passante déjà facturée dans son abonnement et un coût marginal d’utilisation de son ordinateur lorsque d’autres téléchargent sur son disque).
Comment dès lors taxer quelque chose qui n’a aucun coût ? C’est très difficile à justifier vis-à-vis du consommateur, sans parler des problèmes pratiques quasi insolubles que cela pose. Voilà pourquoi dans le monde Internet, la distribution n’est pas un bon support pour rémunérer la production. Il faut trouver autre chose.
Plutôt que d’inventer un coût là où il n’y en a pas et d’y plaquer une taxe, il parait plus judicieux d’analyser la valeur créée par cette distribution numérique. Lorsqu’un million d’internautes téléchargent une musique à succès et l’écoute en boucle, cela crée une formidable notoriété pour l’artiste producteur.
La bonne nouvelle est que nous vivons à une époque où la notoriété se monétise très bien. Le star système tourne à plein. C’est un des segments de marché les plus dynamiques. C’est même devenu l’unique fond de commerce de plein de petits malins (comme Paris Hilton qui en passant a réussit l’exploit d’atteindre une notoriété mondiale colossale sans avoir à son actif la moindre réalisation artistique ou sportive). L’équation est simple : notoriété = marque = actif créateur de valeur.
Pour un musicien, il y a de multiples manières de transformer sa notoriété artistique en revenus sonnants et trébuchants. Par exemple :
- les entrées de ses concerts live
- les produits dérivés à son effigie (t-shirts et casquettes)
- un site Internet pour animer son fan club
- des lignes de produits portant son nom (parfums, vêtements, accessoires)
- la participation à des émissions de télé
- du parrainage d’événements ou de causes humanitaires
- l’utilisation de son image pour des spots publicitaires, etc…
Tous ces revenus sont directement proportionnels à sa notoriété, donc in fine proportionnels au nombre de téléchargement (et donc à la qualité musicale) de ses œuvres. C’est donc un excellent levier pour gratifier de manière équitable la production d’un artiste.
Evidemment ce nouveau modèle économique demande un peu plus de créativité que la simple collecte du droit d’auteur sur les CD. Pour faire ce changement culturel, les artistes seront assistés par des professionnels de la gestion de notoriété. La logique voudrait que cela soit le rôle des maisons de disque du futur. Les grandes majors auront-elles la souplesse de s’adapter à ce nouveau métier ? Si elles n’occupent pas le créneau, il y a fort à parier que d’autres le feront à leur place.
16:43 Publié dans Economie, Internet | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : musique, licence globale, production musicale, modèle économique

